Psychologue, auteure & conférencière

Cessez la lutte!

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« Ne laissez plus l’anxiété diriger votre vie ! » Et si le secret n’était pas de lutter contre l’anxiété mais d’apprendre à vivre avec ? « Selon moi, le vrai problème n’est pas tant l’anxiété que ce que nous faisons lorsqu’elle se manifeste », analyse Sylvie Rousseau, psychologue au Québec, spécialiste des troubles de l’anxiété. Nous l’avons rencontrée pour en savoir plus.

Propos recueillis par Stacy Archambault

Extraits de l’article publié dans la revue Open Mind, août-septembre 2021

Toutes les émotions, même les plus inconfortables, ont un rôle à jouer. Peut-on dire la même chose de l’anxiété ? L’anxiété peut être bénéfique car elle peut nous aider à augmenter notre vigilance, à être plus prudents et nous pousser à agir ou à prendre de bonnes décisions. Toutes les inquiétudes ne sont pas vaines ! Elles deviennent problématiques quand il n’y a rien dans le moment présent qui menace vraiment ma vie ou ma sécurité mais que j’en fais à l’intérieur de moi une histoire qui m’empêche de profiter de mon moment présent.

Devons-nous changer le regard que nous portons sur les émotions inconfortables qui nous traversent et sur les crises que nous vivons ? Vous faites un parallèle qui est exact : souvent les gens veulent faire avec leurs émotions inconfortables la même chose qu’avec leur anxiété : s’en débarrasser alors qu’il vaut mieux adopter un regard de compassion envers cette partie-là qui souffre à l’intérieur de nous.

Effectivement, l’un des premiers réflexes que nous avons lorsque nous ressentons de l’anxiété est de vouloir nous en débarrasser parce qu’elle est déplaisante. Est-ce une bonne idée ? La plupart des gens font cela, vous avez raison, mais il faut bien comprendre que l’anxiété est déplaisante mais pas grave. Quand les gens arrivent dans mon bureau, ils veulent dans un premier temps que je les aide à se débarrasser de leur anxiété. Ils sont alors dans la gestion, le contrôle et la lutte contre l’anxiété. Dans l’approche que je préconise, c’est-à-dire dans la thérapie d’acceptation et d’engagement, nous n’entrons pas là-dedans. Nous nous demandons plutôt : Comment puis-je mieux cohabiter avec mon anxiété ? Comment vais-je l’apprivoiser pour ne pas la laisser diriger ma vie ? Il ne s’agit pas de la nier – parce qu’il y a vraiment de la souffrance – mais d’apprendre à l’accueillir et à l’accepter (ce qui ne veut absolument pas dire que je dois me mettre à l’aimer).

L’évitement est à bannir ? Oui ! J’invite les gens à être conscients de ce qu’ils sont en train de faire. Par exemple, s’ils ne vont pas à une soirée parce qu’ils se disent qu’ils seront mieux chez eux à se reposer, je les invite à bien réfléchir. Parfois, nous pouvons croire que c’est bon pour nous de rester à la maison mais dans le fond, est-ce vraiment cela que nous sommes en train de faire ? Le même comportement peut être associé à de la qualité de vie ou à de l’évitement. Tout dépend de pourquoi je le fais. Par exemple, faire du sport est bon pour la santé mais si dès que je ressens de l’anxiété, je pars m’entraîner c’est que je suis en train d’éviter quelque chose. Idem pour l’alcool. Un verre avec mes amis peut être convivial mais si je bois pour ne pas ressentir mon anxiété c’est que je suis dans l’évitement.

Un dernier message pour nos lecteurs qui traversent peut-être des moments difficiles ? J’aimerais dire que ce n’est pas l’anxiété le problème mais la relation que nous avons avec elle. J’invite les gens à s’entraîner, à se muscler jour après jour. J’entraîne les composantes de la flexibilité. J’entraîne mon observation jour après jour. J’entraîne mon acceptation de ce qui est là avec compassion, j’observe mes pensées, je ne prends pas tout ce que ma tête me dit au pied de la lettre, je me ramène dans le moment présent, je vois ce qui est important et fais du sens dans ma vie et je pose des actions en direction de ce qui a de la valeur pour moi, même si l’anxiété est là. Cela m’amène à ralentir plutôt que de suivre le pilote automatique et de faire les choses machinalement. Cela m’amène à observer ce qui est là et à choisir. Ce dernier point fait référence au fait de suivre sa joie. C’est vraiment une des clés. Si je veux avancer vers cette vie-là qui est importante pour moi, je fais ces tout petits pas d’une façon régulière et j’arrête de mener la guerre à l’anxiété. Notre vie est plus importante que nos peurs et que l’anxiété.

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