Psychologue, auteure & conférencière

Apprendre à vivre avec son tigre

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L’article qui suit, qui a été publié dans l’hebdo suisse Le Matin Dimanche et qui a été rédigé par la journaliste Fabienne Rosset à la suite d’une entrevue que je lui ai accordée, donne un avant-goût de mon nouveau livre Cessez de nourrir votre tigre – Ne laissez plus l’anxiété diriger votre vie.

Le tigre de l’anxiété est indomptable

Pas la peine d’essayer de le mater; au contraire, il faudrait plutôt regarder le fauve droit dans les yeux pour lui signifier qu’on ne nie pas qu’il nous effraie mais qu’on ne veut plus attendre qu’il arrête de rugir pour prendre les commandes de notre vie. On avancera avec lui. C’est ce que propose la psychologue québécoise Sylvie Rousseau, qui file la métaphore féline tout au long du livre qu’elle lui consacre.

Pourquoi la métaphore du tigre?

Dans l’approche de la thérapie d’acceptation et d’engagement (l’ACT),on utilise souvent des métaphores pour aider à comprendre ce qu’on veut signifier. Le tigre est une façon de dire que lorsqu’on ressent de l’anxiété et qu’on la nourrit par notre discours, nos peurs, nos inquiétudes excessives, elle grossit et, à un moment donné, notre temps n’est plus utilisé qu’à nourrir ce tigre plutôt qu’à être investi à faire des activités importantes à nos yeux, à rencontrer des gens qui comptent vraiment. Cette métaphore illustre à quel point lorsque je nourris l’anxiété, elle grossit et m’empêche de mener la vie que je veux mener.

Au lieu de le chasser, il faudrait vivre avec?

Avec l’ACT, on n’essaie pas de chasser le tigre, de le dompter, mais de reconnaître qu’il est là et de moins le nourrir. En présence du tigre, je continue à avancer, à faire des pas même les plus petits soient-ils, en direction de ce qui compte. C’est une autre manière d’envisager l’anxiété. Plutôt que de chercher à la gérer et d’essayer d’en réduire les symptômes, l’accent est plutôt mis sur leur acceptation.

Le vrai problème est donc moins l’anxiété que ce qu’on fait…

Oui. Quand elle est là, on passe beaucoup de temps à ruminer, à ressasser, alors que c’est du temps qu’on pourrait consacrer à ses enfants, son conjoint ou ses amis. On pourrait être là mais on ne l’est pas, car on est pris par nos pensées. Ça peut aussi mener à refuser des invitations, des promotions, des opportunités parce que l’anxiété fait croire que quelque chose de terrible nous attend.

Si lutter contre engendre plus de problèmes que l’anxiété elle-même, que faudrait-il faire?

Au lieu de lui faire la guerre, il faudrait plutôt l’accepter. Ce qui ne veut pas dire l’aimer. Quand je vois que mes pensées se dirigent vers un futur qui me fait peur, il s’agit de les observer sans prendre parti, de se demander si elles sont utiles, de se remettre dans l’ici et maintenant puis d’agir en fonction de ce qui compte pour moi en présence de l’anxiété. C’est ce qu’on appelle des actions engagées.

Si on arrête de nourrir le tigre, est-ce qu’il finit par disparaître?

Si on veut qu’il disparaisse, on recommence à être dans la lutte et cela demande de l’énergie qu’on ne consacre pas à la vie qu’on veut mener. Parfois on s’aperçoit que quand on ne lui accorde pas toute la place, le tigre est moins là, il nous a faussé compagnie pendant un petit moment, voire pendant des années, et il peut réapparaître sous d’anciens habits, ou de nouveaux. Il ne prend pas toujours le même visage, mais quand il se manifeste, on peut lui dire qu’on le reconnaît et que s’il veut prendre place à côté de nous, il peut, mais pas question de lui laisser les commandes.

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